“La place de l’enfant à cet âge est à l’école”, a déclaré Rita Venkatasawmy, Ombudsperson for Children. Le cas de cette adolescente de 13 ans, décédée alors qu’elle était enceinte de trois mois, est venu mettre le doigt sur une réalité : le mariage religieux de mineures est bel et bien pratiqué à Maurice. Pourquoi l’État continue-t-il à cautionner cette pratique ?

Ni le mariage ni les relations sexuelles ne sont permis dans le cas d’enfants de moins de 16 ans. Pourtant, les mariages religieux impliquant des mineurs se pratiquent au vu et au su de tous…

Ena boukou nikkah touffé.

Ces propos sont ceux d’un membre du Muslim Family Council (MFC). Et ils font bien savoir que même si cette instance n’accepte pas l’enregistrement du mariage d’un enfant de moins de 16 ans, cette pratique est bel et bien une réalité à Maurice. Une pratique qui suscite la controverse avec le décès de cette jeune fille mariée religieusement à 13 ans et enceinte de trois mois.

Pourtant, selon les lois du pays, ni le mariage, ni les relations sexuelles ne sont permis dans le cas d’enfants âgés de 16 ans, voire moins. Comment alors expliquer que des jeunes se retrouvent dans cette situation ? Notre interlocuteur explique :

Le MFC est régi par la Civil Status Act. Celle-ci stipule que le mariage civil est gouverné par le Code civil qui, lui, dit que le mariage n’est pas autorisé pour un mineur de moins de 16 ans. S’il nous arrive de recevoir des demandes pour les services d’un prêtre en vue du mariage d’un mineur, on n’accepte pas.

Une assurance que le conseil a, du reste, donnée à l’Ombudsperson for Children, hier jeudi 21 juin, lors d’une rencontre suivant le décès de l’adolescente de 13 ans. Sauf que des failles sont possibles. Et connues de tous. Par exemple, une personne n’est pas obligée de passer par le MFC pour solliciter un prêtre en vue de tels mariages.

Si vous connaissez un homme religieux, vous pouvez l’approcher directement…

Au sein du MFC, on souligne également que l’islam permet le mariage dès l’âge de la puberté, avec le consentement des parents.

Mais, ce qui est valable n’est pas nécessairement faisable. Le mariage requiert de la sagesse. Or, à 13 ans, par exemple, l’enfant est toujours joukal (NdlR, inexpérimenté). On n’encourage pas le mariage à cet âge.

Outre cet aspect, il y a également le vide juridique avec la provision 228-2 du Code civil.

Le mariage religieux n’est pas régi par le Code civil.

Et il y a aussi ceux qui déclarent suivre la charia (la loi islamique). Or, celle-ci n’est pas reconnue à Maurice, souligne Me Yousuf Mohamed.

Me Razack Peeroo se demande ainsi comment le mariage religieux musulman peut être pratiqué chez les mineurs alors que la charia n’est pas reconnue sur notre sol.

Dès lors plusieurs questions se posent : pourquoi les autorités cautionnent une telle pratique ? Pourquoi ne pas légiférer ? Pourquoi le médecin qui a examiné la femme enceinte ne s’est pas formalisé ?

Loga Virahsawmy, de Gender Links, montre du doigt diverses autorités, notamment le ministère du Développement de l’enfant, le bureau du DPP et le SADC Parliamentary Forum :

C’est très embarrassant que Maurice ne soit pas signataire du SADC Protocol on gender development, car celui-ci dispose d’une clause qui parle du mariage des filles à partir de 18 ans. Et à Maurice, il y a des cas de mariages de mineurs.

Les autorités policières peuvent également agir dans cette affaire, indiquent, pour leur part, les deux hommes de loi interrogés. Ils sont catégoriques : les personnes concernées par le mariage religieux de mineurs, à savoir le mari, les parents des mariés et même le prêtre, sont passibles de poursuites. L’époux risque aussi d’être poursuivi pour relations sexuelles avec mineure de moins de 16 ans. Mais, jusqu’ici, il n’y a aucune action allant dans ce sens pour décourager cette pratique.

Qu’en est-il également de la CDU ? Il faut savoir, cette fois, qu’avant de pouvoir agir il faut une plainte. Il existe même une hotline pour ce faire, le 113. Or, ce cas n’a pas été rapporté, a expliqué hier, la ministre du Développement de l’enfant, Roubina Jadoo-Jaunbocus. Mais, dans le cas de plainte, la CDU alerte la police, indique un préposé de ce département.

Si c’est la famille qui force l’enfant à se marier, on peut même le retirer de la cellule familiale. Même si on est alerté après le mariage, on peut toujours prendre des actions. On se rend chez la famille et on réfère le cas à la police.

Dans le cas de l’ado, Roubina Jadoo-Jaunbocus a indiqué qu’une enquête a été ouverte au niveau du ministère aussi bien qu’à celui de la police. Des poursuites contre ceux à blâmer ?

Tout dépendra de la conclusion des enquêtes. Entre-temps, on apporte un soutien psychologique à la famille de la jeune fille ainsi qu’à celle avec qui elle vivait.

Rita Venkatasawmy conclut :

Cette situation a mis en lumière une mauvaise pratique contre laquelle il faut lutter. Il faut revoir la définition même du terme ‘enfant.’ À ce jour, un enfant est décrit comme une personne âgée de moins de 18 ans et qui n’est pas marié. Or, la définition d’un enfant devrait être une personne de moins de 18 ans, point barre.

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