Les chiffres assènent un coup de massue. Selon un rapport de l’université de Maurice, présenté au Conseil des ministres il y a deux semaines, 22 000 Mauriciens et 53 000 Mauriciennes sont victimes de violence conjugale. Qui sont ces hommes qui encaissent les coups, qui subissent l’humiliation ? David se confie à coeur ouvert...
David

Il ressemble à Monsieur Tout-le-monde. Son visage n’est pas couvert de bleus, il a toutes ses dents. Sa chemise est impeccablement repassée, son coeur et son orgueil à jamais froissés.

David est un homme battu. Il a 31 ans, habite Vacoas. Il y a quatre ans, il rencontre celle dont il ne prononce jamais le nom. Son ancien amour, qui est aujourd’hui devenu son “ennemie” : sa femme.

Lui, n’était pas vraiment pressé de se passer la corde au cou, mais elle est tombée enceinte. Aujourd’hui, il est papa d’un enfant de 3 ans.

C'est mo zenfant em ki donne mwa la foce.

La force d’endurer les coups bas, les coups. La première claque est arrivée il y a deux ans environ, c’était une gifle. Son “bourreau” avait bu quelques verres de trop, comme souvent, le week-end. Alors, il y a eu des coups de poing, l’oeil au beurre noir, les “disang caillé”.

David sourit avec gêne, il baisse les yeux. Puis il remet son masque, stoïque. Il se souvient de la fois, il y a quelques jours, où elle lui a asséné des coups devant son enfant.

Mo pann envi mo zenfant traumatisé, monn al rode ene protection order. Linn demande excuse.

Comment excuser “tousala”, se demande David. Comment excuser le fait que sa femme ait pris un amant, rencontré sur Facebook ? Comment excuser la maltraitance physique, morale.

Kan li ti fek konn ca dimoune la, mo ti toujours content li. Mais aster, monn dégoûte li…

Le jeune papa n’a pas un gabarit de catcheur.

Mo femme aussi frel-frel pareil kouma mo em.

Une fois, il a riposté, elle lui a cassé le nez. Mais il n’est pas du genre à violenter les femmes, même si la sienne le tabasse. Afin de s’en sortir, il a vu un psy, s’est tourné vers la prière. Pour ne pas sombrer dans la dépression, dans l’alcool, pour ne pas “prend ene mauvais chemin”.

S’il tient le coup, c’est “akoz mo tipti”, répète-t-il, comme pour s’en convaincre. S’il n’est pas parti, s’il a enduré l’humiliation, c’est parce qu’il n’a nulle part où aller. Il habite chez son beau-père.

Kot mo papa aussi pas trop dans l'ordre…

Ses parents se sont séparés quand il avait 17 ans. Sa mère était elle aussi victime de violence conjugale. David n’avait pas imaginé que ça lui arriverait, à lui.

Grâce à son travail, il a pu mettre de côté un peu d’argent. Il touche le salaire minimum, parfois un peu plus s’il fait des heures supplémentaires. Mais pas assez pour louer une maison.

Mo envi gagne mo ti lakaz, mo pou ouvert enn compte PEL.

Dans sa voix, un ton, celui de l’espoir. Les procédures de divorce ont été enclenchées et il espère pouvoir s’en sortir, pour que son enfant soit fier de lui, pour panser ses plaies, soigner son corps et son âme. Même si “l’autre” l’a traité de “noir femme”, il n’a rien perdu de sa virilité. Ce qui fait de lui un homme, c’est avant tout son coeur...

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