Abus de pouvoir et persécution. Ce serait l’histoire du couple Cunden à Madagascar. Mais le ministère des Affaires étrangères soutient que cette famille n’a jamais régularisé sa situation.
Steve et Caree Cunden.

Leur amitié avec une commissaire malgache leur aurait coûté cher. C’est en février 2012 que Steve Cunden et sa femme Caree quittent Maurice avec leurs deux filles, âgées aujourd’hui de 13 et 14 ans. Steve raconte :

J’ai pris une retraite anticipée de la société de sécurité dont je m’occupais pour entreprendre la gestion de la sécurité d’une usine de textile dans la Grande île. J’avais décroché un contrat de deux ans. Ma famille se plaisait à Madagascar et on a voulu rester. J’ai donc converti mon visa de travailleur en celui d’investisseur. Et ainsi, j’ai ouvert mon restaurant appelé MoCafe.

Quelque temps plus tard, le couple Cunden, originaire de la rue Lees à Curepipe, fait la connaissance de la commissaire malgache. Steve Cunden, 57 ans, explique :

C’était une cliente régulière qui venait manger, chanter le karaoké et suivre des cours de danse. Elle passait beaucoup de temps chez nous et elle est vite devenue une amie. Cela nous faisait plaisir aussi d’avoir une amie qui soit haut placée.

Vers juillet 2016, la commissaire demande au couple mauricien de donner un travail à son conjoint de 26 ans et père de son bébé de six mois.

Compte tenu du poste qu’elle occupait, notre amie nous a dit qu’elle n’a pas le droit à une autre activité économique. Elle a donc suggéré qu’on ouvre un centre de lavage dans l’enceinte du restaurant. Et elle a proposé qu’on signe une convention décrivant les responsabilités de son conjoint. Sauf qu’on a appris que la Malgache a demandé au propriétaire de rédiger un contrat de location directement à leur nom.

Steve Cunden dit avoir contacté les principaux concernés pour en parler, mais en vain. Or, le lendemain le couple Cunden a été convié à la Direction Régionale de la Sûreté Territoriale (DRST). Selon les dires du quinquagénaire, le commissaire principal aurait confisqué leurs passeports et leurs cartes de résident.

Ensuite on m’a dit que trois chefs d’accusation ont été retenus contre moi, à savoir menace verbale, diffamation et mauvais voisinage à l’égard de la commissaire.

D’ajouter que, par la suite, la propriétaire devait lui dire que la commissaire est prête à retirer sa plainte à condition que le bail soit transféré à son nom. Ce que Steve Cunden a refusé de faire. Il sera de nouveau convoqué à la DRST où on lui demandera de transférer le bail, de verser 5 000 euros (Rs 200 000) à la jeune femme et d’accepter les charges retenues contre sa femme et lui. Au cas contraire, le couple serait jeté en prison avant d’être expulsé du pays. Steve et Caree Cunden disent détenir un enregistrement de cet échange.

Le couple saisit alors l’Inspection générale de la police nationale qui leur annonce :

La commissaire sera déférée au tribunal pour abus de pouvoir, trafic d’influence, abus de confiance et escroquerie.

D’autre part, le bureau du Premier substitut du procureur les informe que leurs passeports et cartes de résident leur seront restitués qu’ils retirent leur plainte, ou pas. Le couple décide de ne pas aller de l’avant avec cette affaire. Sauf qu’elle est loin d’être terminée.

Le vendredi 26 octobre dernier, le couple Cunden se fait arrêter par la DRST et incarcéré à la prison de la brigade criminelle.

On était interdit de visite, de repas, de médicaments. D’autant plus que je souffre de problèmes cardiaques. On est resté en garde à vue pendant presque cinq jours. Nos deux filles, mineures, sont restées seules.

Sa famille dit avoir reçu de l’assistance du ministère de l’Intérieur, alors que “l’ambassade mauricienne à Madagascar ne nous est pas venue en aide.”

Les Cunden ont été expulsés, le mercredi 6 novembre. Au niveau du ministère des Affaires étrangères, on affirme que la famille Cunden s’était rendue à la Grande île avec un visa long séjour – regroupement familial en 2013. Et une des conditions attachées à ce type de visa est que les personnes concernées n’ont pas le droit de travailler.

D’après nos renseignements, le ministre de l’Intérieur a, à plusieurs reprises, demandé au couple de régulariser sa situation. Soit, en retournant à Maurice, pour entreprendre des démarches afin de bénéficier d’un visa d’investisseur pour pouvoir travailler. Or, le nécessaire n’a pas été fait et finalement les autorités malgaches ont décidé de procéder à leur expulsion.

Quid de la non-assistance de l’ambassade déplorée par les Cunden ?

L’ambassade n’a aucune juridiction d’intervenir dans une affaire qui concerne deux partenaires d’affaires. Mais, le ministère est intervenu pour qu’ils obtiennent de nouveau leurs passeports et regagnent leur terre natale.

Source: L'Express Newspaper (14/11/2018)

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