S’il n’est qu’un parmi la vingtaine de conseillers qui entourent Pravind Jugnauth, c’est bien lui, Ken Arian, qui cristallise toutes les critiques lorsqu’il s’agit des accusations sur le dysfonctionnement du gouvernement.

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Ken Arian.

Si son boss n’échappe pas à la colère et à la vindicte, puisqu’il est le premier responsable des ministres qu’il choisit et des conseillers qu’il recrute, Ken Arian est bien celui qui est accusé de dispenser de très mauvais conseils au Premier ministre et de l’isoler. Des ministres, tels que Nado Bodha, n’hésitent pas à dire qu’ils sont frustrés de devoir passer par lui pour faire remonter des dossiers.

Ken Arian a un itinéraire aussi étonnant que détonant. Avant de devenir le terrible qu’il prétend être juste parce qu’il opère à l’ombre du chef du gouvernement, Ken Arian avait été un peu médiatisé lorsqu’il occupait la présidence de l’OTAM (Outsourcing and Telecommunication Association of Mauritius). Puis, il disparaît des radars pour prendre son envol à Air Mauritius où il exerce aux côtés de Dass Thomas, l’homme de Navin Ramgoolam qui avait été propulsé à la tête de MK.

Le hasard faisant bien les choses, les deux hommes se retrouveront ensuite au sein de la compagnie Harel Mallac et quitteront la compagnie ensemble dans des conditions qui, jusqu’ici, restent confuses, le privé ayant une méthode très particulière de se séparer de ses cadres pour des raisons pas toujours avouables.

Comme engagement public, rien de bien remarquable, si ce n’est sa participation au rassemblement organisé par Jameel Peerally en 2011 pour lancer un mouvement citoyen qui n’a pas connu de grands lendemains. L’organisateur, lui, a défrayé la chronique durant le confinement en diffusant des informations non fondées sur des émeutes et des supermarchés qui auraient été pillés. Arrêté, il avait été mis en détention, puis libéré sous caution.

Ken Arian n’avait rien du grand crack qui le prédestinait au poste de conseiller et confident du chef du Parti Soleil et à devenir aussi le protégé de l’épouse de ce dernier, Kobita Jugnauth. Il se projettera dans l’actualité politique en 2017 lorsqu’il se rendra à La Réunion en compagnie de l’animateur de Nou Republik, Nilen Vencadasmy et de Manisha Dookoony pour un selfie avec Emmanuel Macron, qui était alors en campagne pour devenir le président de la République.

Nilen Vencadasmy.

C’est apparemment à cette époque qu’il aurait tapé dans l’oeil Pravind Jugnauth, qui venait de s’installer au poste de Premier ministre. Il faut dire qu’il avait été aussi chaudement recommandé par son beau-frère Sanjiv Ramdanee. Et, pour cause, ils évoluent au sein de la même loge maçonnique, Phoenix Austral, tout comme Nilen Vencadasmy, Maneesh Gobin, Kevin Obeegadoo, frère du Premier ministre adjoint, Zouberr Joomaye, Amrit Gayan, fils de l’ancien ministre, et Kris Lutchmeenaraidoo, tous deux à la SBM à un moment. Pour en citer que ceux-là.

L’autre “avantage” dont a bénéficié Ken Arian, est d’être issu d’une famille qui habite la circonscription du Premier ministre, en l’occurrence Moka/Quartier-Militaire. Ses oncles, des intimes de Soopramanien Kistnen, ont d’ailleurs déposé devant l’enquête judiciaire ouverte pour faire la lumière sur le meurtre déguisé en suicide de l’ancien activiste du MSM.

Le propre nom de Ken Arian a aussi été cité dans le cadre de cette enquête judiciaire. L’employé convoqué de Mauritius Telecom pour faire état des contacts de Soopramanien Kistnen a révélé que, sur la liste des appels, il y avait les numéros de téléphone et les noms “de Pravind Kumar Jugnauth, de Ken Arian et de Bassoodeo Seetaram”. C’est dire qu’il avait tous les parrainages requis pour devenir l’alter ego du Premier ministre.

Dès qu’il a commencé à avoir ses entrées à l’Hôtel du gouvernement, il a réussi à décrocher directement un contrat de Rs 520 000 à travers sa compagnie Key Edge Consultants pour assurer la communication de Metro Express Ltd. Cette affaire avait été révélée au Parlement suite à une question de la députée Malini Sewocksingh. Compte tenu de son influence grandissante dans les sphères du pouvoir et le fait qu’il était devenu apparent qu’il se croyait tout permis, il deviendra la cible de beaucoup d’accusations à l’Assemblée nationale.

Le député du MMM Rajesh Bhagwan le mettra notamment dans sa ligne de mire. C’est à travers ses interpellations que l’on apprendra que le salaire cumulé de Ken Arian comme conseiller du PM, président d’Airports of Mauritius Ltd et d’Airports of Rodrigues, d’Airport Terminal Operations Ltd est de Rs 212 000 par mois. A cela, il faut ajouter les allocations variant entre Rs 30 000 et Rs 50 000 en tant que membre des conseils d’administration de Mauritius Duty Free Paradise et de Rodrigues Duty Free Paradise, sa participation en tant que membre coopté du National Environment Fund, du Information and Communication Technologies Committee et du Human Resource Development Council.

Fort de sa position, le conseiller se prend de plus en plus pour un grand Pétaud et il s’autorise même à donner des leçons à la presse. Très imbu de lui-même, il va jusqu’à commenter sur des thèmes qu’il ne maîtrise absolument pas. Le lendemain du premier budget de Renganaden Padayachy, il est invité sur Top FM pour gloser sur les mérites de l’exercice et vanter la contribution sociale généralisée. Pour se faire vite rembarrer par les économistes.

Plus éloquente, sa bourde du 8 août 2020 avec le naufrage du Wakashio qui avait provoqué une détresse nationale résultat de l’inaction du gouvernement. C’est ce jour-là qu’il s’est fendu d’une déclaration sur les ondes de Radio Plus. Le “sousou” de Pravind Jugnauth se rendra non seulement ridicule, mais fera de Pravind Jugnauth et de l’île Maurice, la risée internationale.

Le compte Twitter de son pauvre patron aurait, selon le conseiller, été piraté et le Premier ministre n’aurait jamais adressé un message d’appel à l’aide du président français Emmanuel Macron, allègue-t-il, sur un ton très ferme sur la radio.

Et c’est sur un ton gravissime qu’il annonce une déposition à la police pour dénoncer un acte de piratage abominable : une fausse nouvelle et un fake news, oeuvre, dit-il, “d’un petit voyou”. Rien que ça ! Sauf que le président de la République française répond et que l’aide arrive ensuite avec le ministre des Outremers Sébastien Lecornu qui avait prévu au même moment un saut à La Réunion.

On n’a jamais su s’il y a véritablement eu enquête policière et à quoi elle a abouti. Ken Arian en fait tellement d’ailleurs qu’il lui arrive aussi de se faire sèchement ramasser. Comme le 26 août lorsqu’il est allé commenter en grand expert l’affaire Wakashio toujours sur sa radio préférée et qu’il prend à témoin un vrai connaisseur, Alain Malherbe. Il se fera aussitôt ramasser par le principal concerné qui l’invitera à ne pas déformer ses propos avant de maintenir que si le nécessaire avait été fait par le gouvernement, la marée noire aurait pu être évitée.

Comme président d’AML, il n’aura pas brillé jusqu’ici, son unique ambition étant de favoriser de gros projets comme l’extension du terminal et l’agrandissement de l’aéroport de Plaine-Corail, à Rodrigues. Pas étonnant donc qu’il se soit attiré les foudres du syndicaliste Naraindranath Gopee, le président de la Civil Service and Other Unions.

Sinon, l’ombre de Pravind Jugnauth et l’exécutant en chef de “la cuisine” se fera remarquer à toutes les sorties officielles du Premier ministre, mais aussi celle de Kobita Jugnauth avec une allure et une détermination qui font pâlir les élus du peuple et même ceux de la majorité.

Avec lui, le protocole est jeté par-dessus bord, puisque c’est lui qui choisit où il doit s’asseoir lors de cérémonies officielles. Souvent devant des ministres et le leader de l’opposition dont le poste est pourtant régi par la Constitution. Comme quoi, lorsqu’on est top chef, on peut prendre des libertés avec les conventions républicaines.

Sur un plan plus personnel, Ken Arian reste très discret sur sa femme, Rashmi Kamiah-Arian, cadre du State Law Office et une camarade de promotion de Nilen Vencadasmy, le président de la MTPA qui a signé le fameux contrat publicitaire de Rs 380 millions en catimini avec Liverpool, une opération qui s’est révélée très “soy” pour le club anglais champion sortant qui a dégringolé au classement. Il faut dire que Nilen Vancadasmy, candidat battu de l’Alliance Morisien dans la circonscription no 1 (GRNO/Port-Louis-Ouest) aux dernières élections générales, a aussi été le représentant légal d’AML dans certaines affaires. Entre eux…

S’il faut vous le rappeler, Nilen Vencadasmy est celui-là même qui avait jadis publié sur sa page Facebook qu’il “ne sera jamais sur la même estrade que les Jugnauth, Bérenger et Ramgoolam” ! L'inconstance d'un jeune homme qui clame faire partie du "renouveau" et réputé pour être une girouette politique dans le milieu...

Mais revenons-en à Ken Arian. Si le jeune homme ne parle jamais de sa tendre moitié, il est, par contre, toujours très volubile sur son fils, qui est l’objet de toutes ses attentions et avec qui il partage la passion de la pêche, mais aussi de sa belle-mère qu’il dit avoir remplacé sa propre mère tant elle s’occupe bien de lui.

Celui qui avoue avoir comme péché mignon “ene bon dipin gato pima”, est aussi amoureux du patrimoine, surtout lorsqu’il est à l’étranger. Alors même que le gouvernement en détruisait des pans entiers ici, il avait déclaré être très affecté par l’incendie qui avait ravagé la cathédrale de Notre-Dame de Paris en avril 2019.

Si on ne sait pas si Ken Arian, au coeur si sensible, avait ressenti le même effet lorsque des squatters et leurs enfants avaient été évacués et qu’ils ont dû dormir à la belle étoile, ce dont on est certain c’est qu’il a tous les attributs pour graviter autour du Premier ministre et de son épouse. Et même s’octroyer le statut inofficiel de Shadow Prime Minister !

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