À Port-Louis, le pontife a appelé les autorités à promouvoir une politique économique “axée sur les personnes“ sans “succomber à la tentation de la spéculation”.

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Le pape François à sa descente d’avion, le lundi 9 septembre.

Après s’être penché sur les déchirures mozambicaines et le poignant dénuement malgache, le pape François a rendu une visite expresse et souriante à Maurice, lundi 9 septembre, au cinquième et dernier jour de son voyage dans ces trois pays d’Afrique et de l’océan Indien. Le chef de l’Eglise catholique voit dans notre île un alliage réussi de populations de diverses provenances (Afrique, Asie) et de traditions culturelles et religieuses variées. Toutes “ont appris, peu à peu, à s’enrichir de la différence des autres et à trouver les moyens de vivre ensemble, en cherchant à construire une fraternité soucieuse du bien commun”, a relevé le pontife argentin devant les autorités politiques du pays.

Pour un pape qui n’a de cesse d’exhorter les nations à faire de la place aux migrants et qui plaide pour l’acception d’une diversité dans les populations, Maurice apparaît comme un modèle convaincant. L’île a fait la preuve “qu’il est possible de parvenir à une paix stable” sur le socle d’“une sorte de pacte culturel qui fait émerger une diversité réconciliée”, a affirmé Jorge Bergoglio. Il a du reste encouragé le gouvernement mauricien “à relever le défi de l’accueil et de la protection des migrants qui aujourd’hui viennent ici” pour être fidèle au passé.

“Sacrifier des vies humaines”

Il s’est aussi rendu au sanctuaire du père Jacques-Désiré Laval, un missionnaire français du XIXe siècle qui s’était consacré à l’évangélisation des esclaves noirs récemment affranchis et qui est aussi considéré comme une figure commune à tous les Mauriciens. Barlen Vyapoory, le président par intérim, a déclaré :

Maurice est devenue non seulement un lieu de rencontre de civilisations, mais aussi de spiritualité, où l’église chrétienne côtoie harmonieusement le temple hindou et où la mosquée (…) avoisine paisiblement la pagode bouddhiste.

Le ton était donc loin des exhortations à la paix, comme au Mozambique, et des vives critiques contre la corruption formulées à Madagascar. Etait-ce cependant une allusion à l’orientation financière prise par l’économie mauricienne, au point que le pays a été inscrit sur la “liste grise” des paradis fiscaux établie par l’Union européenne ? S’il a donné acte au gouvernement de sa “volonté de combattre toutes les formes de corruption”, le pape François a semblé apporter un discret bémol à son satisfecit. Dans ce pays au chômage inférieur à celui de la France et au PIB par habitant équivalent à celui de la Bulgarie, il a relevé que “la croissance économique ne profite pas toujours à tout le monde”, en particulier pas aux jeunes.

Il a demandé à ses hôtes de promouvoir une politique économique “axée sur les personnes”, qui favorise “une meilleure répartition des revenus” et ne “succombe pas à la tentation d’un modèle économique idolâtre qui ressent le besoin de sacrifier des vies humaines sur l’autel de la spéculation et de la simple rentabilité”.

Profitant du jour férié décrété pour cette visite pontificale, quelque 100 000 Mauriciens de tous bords, selon les autorités, ont participé à une messe, en français et en créole, célébrée dans la capitale. Le pape s’est inquiété de voir les jeunes se détourner parfois de l’Eglise catholique et il a appelé les fidèles à leur faire toute leur place.

Ne nous laissons pas voler le visage jeune de l’Eglise et de la société.

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