Londres a décidé de séparer en 1965 cet archipel de l’île Maurice et d’y installer une base militaire commune avec les Etats-Unis.
Des Chagossiens manifestent devant la Cour d’appel de Londres, le 5 février 2007.

Le Royaume-Uni a subi, mercredi 22 mai, un revers cinglant à l’Assemblée générale de l’ONU. Une résolution demandant à Londres de rétrocéder sous six mois à l’île Maurice l’archipel des Chagos, qui abritent une base britannico-américaine stratégique, a été adoptée par 116 pays (six, dont les Etats-Unis, ont voté contre et 56 se sont abstenus). Cette résolution, initiée par Maurice, est non contraignante mais a une forte valeur politique.

Les pays africains ont voté massivement en faveur de la résolution, les Européens affichant des positions divergentes, partagés entre leur soutien à un pays de l’Union européenne et le respect du droit international.

Litige de cinq décennies

Les Chagos se trouvent au cœur d’un litige vieux de cinq décennies, depuis la décision britannique de séparer en 1965 cet archipel de l’île Maurice et d’y installer une base militaire commune avec les Etats-Unis sur l’île principale de Diego Garcia.

L’île Maurice a obtenu son indépendance en 1968. Le Royaume-Uni avait ensuite expulsé environ 2 000 Chagossiens vers Maurice et les Seychelles pour faire place à la base militaire. Depuis 1975, Maurice a multiplié les procédures judiciaires afin d’obtenir le retour des îles Chagos dans son giron.

“Le colonialisme ne peut plus être toléré”, a lancé le premier ministre mauricien, Pravind Jugnauth, regrettant que Londres “n’ait pas fait amende honorable” après l’avis de la Cour internationale de justice (CIJ). Cette instance a déclaré, fin février, dans un avis consultatif, que Londres devait “dans les plus brefs délais” mettre fin à son administration des Chagos.

Cet avis étant resté sans suite, Maurice avait décidé de porter le dossier devant l’Assemblée générale des Nations unies, même si ses décisions n’ont pas force de loi internationale comme les décisions du Conseil de sécurité.

L’ambassadrice britannique à l’ONU, Karen Pierce, a souligné que ce dossier était un problème bilatéral et a insisté sur le “rôle vital” de la base militaire pour la sécurité de la région, “dont Maurice”.

“La dernière colonie britannique en Afrique”

Dans leur avis, les juges de la plus haute juridiction des Nations unies avaient estimé que le Royaume-Uni avait “illicitement” séparé l’archipel des Chagos de l’île Maurice.

En 2017, seulement quinze pays, dont le Royaume-Uni et les Etats-Unis, avaient voté contre une demande par Maurice de saisie de la CIJ. Coincés entre leur soutien à Londres et la nécessité de respecter la justice internationale, 65 pays s’étaient alors abstenus, dont l’Allemagne, la France ou le Canada, tandis que 94 avaient voté en faveur de la demande de Maurice d’un avis juridique international.

Pravind Jugnauth avait déjà estimé, en février, que “le temps était arrivé pour le démantèlement de la dernière colonie britannique en Afrique”. Il avait souligné dans le même temps que Port-Louis ne réclamait pas le démantèlement de la base britannico-américaine de Diego Garcia.

Pour justifier le maintien de son contrôle, le Royaume-Uni avait alors insisté sur le rôle défensif de cette base qui permet de défendre le monde contre “les menaces terroristes, le crime organisé et la piraterie”.

En 2016, le Royaume-Uni a prolongé jusqu’en 2036 un contrat sur l’utilisation de la base militaire avec les Etats-Unis. Celle-ci a joué un rôle stratégique clé lors de la guerre froide avant d’être utilisée dans les années 2000 lors des conflits en Irak et en Afghanistan.

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