L’avenir touristique de Maurice, destination-star des Français dans l’Océan Indien, s’inscrit désormais en pointillés. Après le COVID-19 qui avait mis à mal l’économie de l’île, la marée noire qui menace aussi désormais les eaux de La Réunion, risque de mettre en berne le tourisme à la veille de l’ouverture de la haute saison.

YOUR REACTION?

Gouverner c’est prévoir. La population et la presse mauricienne sont vent debout contre le gouvernement mauricien à qui ils reprochent de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour empêcher la catastrophe.

Les faits sont implacables : le 25 juillet, le MV Wakashio vraquier japonais, battant pavillon panaméen, mesurant 300 mètres de long et 50 mètres de large, avec 3 800 tonnes de carburant dans ses réservoirs, s’est échoué sur les récifs de Pointe D’Esny.

L’échouement du MV Wakashio, qui avait appareillé de Singapour en direction du Brésil, a d’abord engendré des fuites, une semaine après le naufrage. La semaine dernière l'épave s’est brisée, causant une véritable marée noire sur toute la côte.

La pollution menace principalement des zones humides protégées, notamment deux des trois sites protégés par une convention (Ramsar) qui recense les régions humides d'importance internationale et particulièrement le parc marin de Blue Bay et le site de la pointe d'Esny. Deux zones qui regorgent de mangroves, coraux et poissons.

Les voyagistes français inquiets de la situation...

On sait déjà que près de 1 000 tonnes de carburant se sont échappé de la fissure dans la coque. Le reste (2800 T), aurait été pompé selon les autorités.

Mais le mal est fait et irrémédiable. La population s’est immédiatement mobilisée pour essayer de sauver ce qui pouvait l’être encore. Avec les moyens (parfois dérisoires) du bord et au risque de sa santé et sécurité physiques.

En attendant que l’enquête progresse et qu’on essaye de savoir pourquoi le vraquier naviguait si près des côtés, une chose est sûre : le Gouvernement a mis beaucoup trop longtemps (une dizaine de jours) avant de prendre les mesures nécessaires face à la menace potentielle. Surtout que deux événements du même type s’étaient déjà produit en 2011 et 2016.

Cette marée noire est une catastrophe peut-être encore plus grande (si c’est possible) que celle du Covid-19. En effet, elle va aussi priver une partie de la population de ses ressources piscicoles, parfois les seules disponibles.

Et cela même si “le Cabinet s’est engagé à fournir un soutien financier aux pêcheurs, aux poissonniers et aux exploitants/travailleurs de bateaux de plaisance commerciaux qui n’ont pas pu poursuivre leurs activités en raison du déversement d’hydrocarbures”.

Ces éléments ont déchaîné les critiques contre le premier ministre Pravind Kumar Jugnauth, qui décline toute responsabilité de son gouvernement dans cette affaire et estime avoir pris les mesures qui s'imposaient.

Des plaintes pour “omission coupable” déposées

Des sources portuaires déplorent une « négligence totale » des autorités en ce qui concerne les actions qui auraient pu être prises dès le premier jour.

« Un tel drame aurait pu être évité. Le vraquier Wakashio ne portait pas de fissures quand il a fait naufrage à Maurice dans la nuit du samedi 25 juillet. Dès le lendemain, soit le 26 juillet, on aurait pu prendre une série de mesures pour éviter les dégâts que nous voyons aujourd’hui », affirment des sources autorisées.

Des plaintes pour “omission coupable” ont même été déposées par certains activistes comme Bruno Laurette, qui a mis en cause la responsabilité des ministres de la de l’Environnement, Kavydas Ramano, le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo et Sunil Kumar Nandeshwar, le capitaine du MV Wakashio et son équipage.

En France aussi, les voyagistes sont inquiets de la situation. (Cf Infra) La crise du Covid-19 et la valse-hésitation du pouvoir mauricien sur l’ouverture des frontières, avaient déjà suscité pas mal d’interrogations.

« Cette catastrophe environnementale sur le rivage d’un des pays aux côtes parmi les plus belles au monde n’est que la répétition régulière d’accidents environnementaux, déplore Jean-François Rial, PDG de Voyageur du Monde et grand défenseur de l’environnement.

Quand cela devient aussi régulier ce n’est plus des accidents mais une faute. Il faut nous décarboner et fissa. Ainsi, l'utilité de ces tankers, véritables bombes écologiques flottantes, disparaîtra... »

En attendant, il va falloir gérer la crise écologique et ce ne sera pas une mince affaire, estime Vincent Florens, professeur agrégé en écologie au département de biosciences et d’études océaniques de l’université de Maurice.

En effet, la complexité de l’aire concernée qui comprend beaucoup de faune et de flore particulièrement sensible, va demander un travail complexe et de longue haleine aux intervenants.

Cet accident pourrait aussi rendre inopérables plusieurs des plus belles plages de l’île. Et cela ne pouvait plus mal tomber, alors que la haute saison se profile et que l’Ile Maurice espérait se refaire une santé après la crise sanitaire…

Facebook Conversations




Latest Posts