“Mo passer anba pont Latanier…” Et là, on découvre un couple. Qui y vit depuis des années. Comment ? Pourquoi ? Réponses.
Gérard Pelletier et Marie-Lourdes Jean François.

Ils sont las d’attendre que les autorités concernées ne leur viennent en aide. Cela fait bientôt dix ans que Gérard Pelletier, 49 ans, et sa concubine, Marie-Lourdes Jean François, 50 ans, dorment sous le pont Latanier… Pour en arriver là, ils ont d’abord connu la misère, l’abandon, le rejet. Ils tiennent d’emblée à préciser qu’ils ne sont pas “des gens paresseux”, loin de là.

Nous pas croise nous lébras, atann gagne tou lor plateau ! Mais nous pas p kapav faire face, la vie trop dur.

Gérard Pelletier est aide-chauffeur et avec son maigre salaire, il ne parvient pas à “trouve ene lizour”. Marie-Lourdes et lui vivent au jour le jour. Parfois, quand il n’y a pas de travail, il rentre “à la maison” sans un sou.

Mais Dieu sait combien je l’aime, ma chérie ! Mo ti kontan pou kapav donne mo madame tou.

Marie-Lourdes, souligne-t-il, est souffrante.

So lipied malade, li pas trop kav marcher.

Marie-Lourdes souffre également de légers troubles mentaux, elle suit un traitement à l’hôpital.

Elle perçoit une pension, mais cet argent, nous l’utilisons pour acheter à manger.

Que l’on ne s’y trompe pas. Malgré son handicap, Marie-Lourdes s’attelle chaque jour aux tâches ménagères.

Ek so lipied malade, il al lave tou mo linz dans la rivière, li allume foyer, li cuit manger.

Ce qui l’inquiète, c’est que pendant la journée, quand il part au boulot – quand y en a, il doit laisser Marie-Lourdes seule.

Tou kalité dimoune passer anba ca pont la. Ou pas kav koner ki kav arriver.

Du coup, Marie-Lourdes doit s’enfermer dans la petite bicoque qu’ils ont construite ensemble, de leurs propres mains, avec leur coeur. “La case de l’amour” est faite de feuilles de tôle, ramassées ici et là. Les tourtereaux rêvent d’un vrai toit, d’une vraie maison, d’un vrai nid, où ils pourront se sentir en sécurité et couler des jours heureux.

Ici kan ena lapli, débordement, pas koner kot pou sauver…

Gérard souligne qu’il a deux fils âgés de 14 et 9 ans, nés d’une précédente union.

Mo kontan mo zenfant, mo lé zot vive ek mwa, mai ici, li impossible. Aukenn dimoune pas mérit vive koumsa…

Raison pour laquelle les deux ados ont été pris en charge par la CDU.

Mais je leur rends visite à chaque fois, dès que je peux.

Ce que souhaitent les amoureux ? Pouvoir continuer à être ensemble. Contre vents et marées ou près de la rivière…

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