La mort de ce policier de 36 ans dans un pensionnat à Trou-aux-Biches, en début de semaine, relance le débat autour des pensionnats, affectueusement surnommés “loka” chez nous. Le prix, la qualité du service, la sécurité ou encore la disponibilité des chambres… Zoom sur leur fonctionnement.

Guest house. Nom charmant pour des bâtiments abritant plusieurs chambres, qui sont mises à la disposition de ceux qui y viennent, moyennant paiement. Des touristes, à la base. Mais au fil du temps et des années, ils ont été reconvertis en “pensionnats” pour plus de rentabilité. Ainsi, ils ouvrent leur porte, à tous ceux qui veulent passer du bon temps avec leur tendre moitié, loin des “bhai looké”…

Petit cours d’histoire d’abord. Le bordel le plus connu du pays jusqu’à la fin des années 70 se situait juste à l’arrière de la salle de cinéma Majestic, à la rue La Poudrière, dans la capitale. La maison close était alors connue des Mauriciens comme “loka”, mot tiré de l’hindi “lok” qui veut dire “le monde”. 

La clientèle de “derrière Majestic” était composée principalement des villageois et des habitants des Plaines-Wilhems venus à Port-Louis pour des démarches administratives ou pour des achats mais surtout pour assister aux courses hippiques.
 
Les transactions se déroulaient dans la bonne humeur sauf quand, lors de rares occasions, le client partait sans payer les honoraires convenus. Les filles se mobilisaient alors et d’une seule voix lançaient l’alerte du côté de la rue La Poudrière, mettant le feu aux poudres :

Kokain liki ! Kokain liki ! 

Les habitués du Jardin de la Compagnie, ameutés par ces appels et réagissant à leur instinct animal sans doute, se faisaient un devoir d’appréhender le “voleur de vertu” qui, sous la menace d’être rossé, acceptait de corriger un vilain cas d’injustice commerciale… 

Les filles de joie vantant leurs mérites à l’arrière de la salle de cinéma faisaient la joie des collégiens des environs, qui passaient par ce lieu pour se rendre à la place de l’Immigration avant de rentrer au village. Évidemment, les filles s’amusaient à leurs dépens, en les invitant à goûter au fruit défendu, certaines exhibant même leurs atouts.

Tout pour plaire

Ceux ayant “fréquenté” le mythique “derrière Majestic” se vantaient de leurs exploits, avec des exagérations bien sûr. Mais très vite, “al derrière Majestic” devint aussi un terme d’insulte. 

Aujourd’hui, les lieux sont très prisés, selon un jeune de 25 ans habitué de la chose :

Li pli abordable. Pas pou al dépense ene fortune pou al l’hôtel pou passe zis 2 heures temps.

Les prix pour la chambre varient entre Rs 500 et Rs 800, selon certains gérants.

Celles qui ont vue sur piscine ou qui disposent d’une baignoire coûtent plus chères. Certains pensionnats disposent même de suites. Qui sont louées, elles, à Rs 1 500. Vous avez alors droit au jacuzzi…

Par ailleurs, avec la compétition féroce de nos jours, tout est fait pour plaire aux clients. Ainsi, certains proposent le package anniversaire. Champagne et gâteau compris.

Il y a aussi le pack déjeuner. Cela dépend du menu du jour. Les mines frites ou le briani sont parmi les plats les plus prisés. Nous essaye adapter nous ek nous client.

Sinon, hormis les Mauriciens qui veulent se mettre à l’abri des regards indiscrets, les travailleurs étrangers, surtout des Bangladais et des Taiwanais, font partie des clients réguliers.

Zot vinn casse zot ti poz dans dimanche gramatin. Il y a aussi quelques malgaches. Mais c’est plus rare.

Quid à la sécurité ? Car rappelons-le, il y a eu, par le passé, pas mal d’incidents dans des pensionnats. On se souvient du cas de cette jeune femme qui s’était jetée dans le vide, à Riche-Terre, ou encore des cas de viols. Un gérant nous déclare :

Tout d’abord, quand on dit sécurité, il y a quand même des paramètres. Nous pas pou al mette caméra dans lasam ein.

Qui plus est, les gérants assurent un minimum de sécurité sur le parking et la salle de réception est dotée d’une caméra, enfin ça dépend de l’endroit.

Après tou dimoune ki vini nous prend so carte identité. Premièrement pour s’assurer que la personne est majeure mais aussi en cas de problème, pour faciliter la tâche aux policiers.

La police, explique-t-on, effectue aussi des patrouilles régulières pour vérifier que tout est en règle.

Ou pas trouver, parfois zot faire landing tousala. Nous pas faire nanyen pou mette nous même dans problem.

Sinon, il y a aussi des hôtels, qui opèrent dorénavant sur les mêmes critères que des pensionnats. Dans des points stratégiques, généralement situés dans le centre-ville ou sur le littoral, ils sont connus comme des business hotels. Le prix d’une chambre louée pour quelques heures tourne autour de Rs 2 500 à Rs 3 000.

Bann dimoune ki travail kav al casse zot poz dans ler manger. Li pli près ek accessible. La clientèle est high-class…

Mais alors qu’en est-il de la rumeur concernant une “pénurie” de chambres ? Il n’en est absolument rien, bien au contraire, selon plusieurs habitués.

Ena pensionnat dans tou coin la rue zordi. Si ene pas libre, ou al lot place.

Mais c’est vrai qu’il y a des jours où la disponibilité fait défaut.

Vendredi soir ou samedi la difé sa ! Tou jeunesse, surtout après cours, ou travail al laba même. 

Par ailleurs, Trou-aux Biches – le bien nommé – est devenu depuis peu le village “réputé” pour ce genre d’activités.

Pensionnat p pousse kouma champignon ici. Tou dimoune koner kan vinn ici dans sire même sa. Sak 200 mètres ena ene baz…

Les nombreuses pétitions des résidents, pour que les autorités n’accordent plus de permis en ce lieu, sont restées lettre morte.

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